L'appartement lui semble à la fois immense et oppressant, rien ne lui est familier, tout l'étouffe.
Alors, comme poussée par une main inconnue, elle décide de sortir.Sortir pour échapper au dedans, marcher pour s'ouvrir à la rue, ne décider de rien, sauf d'avancer.Dehors, la ville s'offre à elle dans un silence grouillant, vibrant, presque irréel.
Le soleil n'a pas encore réchauffé les façades, les fenêtres ne sont que le reflet d'elles-mêmes et les portes résolument closes. Elle a le pas régulier d'une marche militaire à cela près qu'elle lève les yeux au ciel comme pour donner des ailes à ses pensées.
Elle se laisse guider par le bruit de ses bottes sur le pavé, elle n'imagine rien de ce qui pourrait se jouer à cet instant précis à l'intérieur des maisons muettes qui jalonnent sa route. Seul le ciel lui parle, et les nuages sont autant de virgules et de points de suspension. Au bout de la rue, la ville reprend ses droits: des passants impatients côtoient des touristes pour qui le temps n'existe plus, des voitures bruyantes croisent des vélos colorés. Le vide des âmes croise le plein des vitrines.Alors, comme poussée par une main inconnue, elle décide de sortir.Sortir pour échapper au dedans, marcher pour s'ouvrir à la rue, ne décider de rien, sauf d'avancer.Dehors, la ville s'offre à elle dans un silence grouillant, vibrant, presque irréel.
Le soleil n'a pas encore réchauffé les façades, les fenêtres ne sont que le reflet d'elles-mêmes et les portes résolument closes. Elle a le pas régulier d'une marche militaire à cela près qu'elle lève les yeux au ciel comme pour donner des ailes à ses pensées.
Elle avance de trottoirs en trottoirs, de carrefours en carrefours, et de rues en rues. Visages anonymes et béton grisâtre effleurent son regard sans le pénétrer vraiment : elle est ici, mais AILLEURS; complètement ailleurs.
Il faut à tout prix s'échapper, s'oublier, s'élancer dans cette marche vers rien; une marche sans début ni fin, une marche insensée, mais complètement nécessaire.
Cela fait maintenant des centaines de pas qu'elle avance.
Devant l'ancienne blanchisserie Quinchon, elle s'arrête: les mots tagués, délavés, usés, sonnent le retour à la réalité de la ville, de SA ville, de sa VIE aussi.
Ici, des cœurs révoltés, des cœurs en souffrance se sont exprimés. Elle entend les cris assourdissants des mots jetés à la face du monde. Elle perçoit la douleur, la colère de ceux qui, comme elle, ont stoppé la marche ici. Elle est seule sur le trottoir, et dans cette solitude profondément ressentie, elle perçoit l'énergie du désespoir.
Au 89 de la rue Verte, sa vie s'éclaire malgré la grisaille ambiante.
Au 89 de la rue Verte, le chemin ne semble plus aussi difficile à affranchir, les montagnes dentelées se font collines.
Il y a comme une évidence qui vient la surprendre au cœur de cet après-midi de printemps : elle n'est pas seule dans un face à face douloureux avec ses pensées qui tournent en rond : il y a les mots. Des mots à écrire, à inventer; des mots à étaler sur des feuilles de papier blanches pleines de promesses. C'est avec cette certitude, à la fois douce et enivrante qu'elle décide de reprendre la route.
Tes mots sont beaux, même si tes textes sont souvent emprunts de mélancolie. Alors continue à les jeter sur le papier, ou sur le clavier, à les murmurer ou les hurler à la face du monde. Les mots sont une arme pacifique face aux douleurs de la vie.
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