Les fleurs en plastique


Il se trouvait là debout au milieu de l'allée principale du cimetière du Mont-Royal, en plein hiver quand la journée arrive à sa fin. Les poings serrés dans le fond des poches d'un manteau deux fois trop grand, acheté pour une poignée de centimes dans une friperie. Cette honte écrite sur son visage caché par d'épais cheveux noirs, décrivait la souffrance d'un être en manque de réponses et ayant fumé 46% de sa vie. Justement, la bouche bien garnie, le voilà zigzaguant entres les allées prêt à sauter sur un croque-mort à la peau de poussière. A grand coup de pelle, se faire défoncer le crâne, et mourir ici. Le soleil ne l'attendant plus depuis bien longtemps. Il était aussi laid que ces fleurs en plastique qui se tenaient là au pied des tombes quasiment abandonnées. Sans vie. Sans rien.
Il se coucha dans une tombe encore vierge et au granit trop propre, les pieds en éventail, posa cette veste horrible en guise d'oreiller, s'alluma une cigarette, et en fixant le ciel gris parisien, se replongea une dernière fois dans ses vieux souvenirs constamment relancés par le rappel d'un prénom qui somnoler bien au fond de sa mémoire.

Tel un ermite, il était mûr pour l'isolement, fatigué de la vie, il n'attendait plus rien d'elle et elle n'attendait plus rien de lui. il était accablé d'une lassitude immense, d'un besoin de recueillement. Attendait depuis toujours, ce second souffle profond, venu d'ailleurs, d'un endroit qui lui était encore inconnu. Depuis cette soirée là, sans raison apparente, il évoquait sans cesse le mélancolique souvenir de cette chair douce et tendre qui semblait être toute son existence. Il était maintenant incapable de bouger, bien caler dans cette tombe. Ses yeux ne semblaient plus rien observer. Son esprit saturé, fatigué et lessivé, refusait d'en absorber davantage. Stop. C'est ici que le chemin s'arrête. Il n'en peut plus. Depuis trop longtemps il vivait sur lui-même, se nourrissait de sa seule existence. La solitude avait agit sur ses faits et gestes tel un narcotique. La lame de la tristesse, venait de transpercer sa chair.

Après de longues minutes à rester immobile, il se demanda qu'elle était cette sensation qui semblait entrée dans l'intimité de son corps. Il cherchait en vain son origine, son nom, aucun mot ne semblait décrire cela. Il scrutait encore le ciel, lorsque son corps se refroidi considérablement. Son sang ne fit qu'un tour et il resta cloué, par la légèreté qui transpercé son âme et son cœur. Une ombre invisible, sans sexe, était là et ailleurs autour de lui, et lui ouvrait ses longs bras nus comme pour l'accueillir. Des bras extrêmement maigres, des bras de squelettes, sortaient de manches en haillons qui tremblaient et flottaient dans les airs. L'affreux regard s'attachait à lui, le pénétrait jusqu'à lui glacés les os. Plus affolante encore, l'ombre mystérieuse se coucha sur lui et hurla à la mort. Aussitôt il ouvrit les yeux, réveillé par l'épouvantable expérience. Il venait de frapper aux portes de la mort.


Après quelques minutes d'excitation et de frayeur, le voilà détendu. Le sang ne coula plus. Il venait enfin de prendre conscience qu'il traînait depuis trop longtemps une caravelle de souvenirs hantés et pesants. Il s'était laisser habiter par des maux qui brisaient sans cesse ses volontés de rêves. Il subissait la vie, passivement, sans même essayer de s'y soustraire. Comme pour mieux vivre. Le mal le rongeait. Le mal l'empêchait de vivre. Le tas confus des déceptions amoureuses, des échecs fracassants, qu'il avait accumulés jusqu'à présent, et qui avaient créer un barrage stoppant les courants de la vie, venait brusquement d'éclater, et le flot laissait défiler des épisodes sans intérêt de son existence, rempli de petits riens complètements absurdes. Tout ceci venaient de disparaître.

Il se leva et sorti de la tombe où il était couché. Il remis son manteau qui pour la première fois le trouva réconfortant et doux. Sur le chemin il se retourna et lâcha un petit sourire. Cette marque de bonheur sur son visage était la preuve qu'enfin, l'envie de présent, d'avenir venait de noyer toutes les couches négatives du passé, et remplissaient son esprit d'une immense bouffée d'oxygène. En souriant il regarda les fleurs en plastique qui n'avaient jamais parues aussi belles.



spacer

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire