A toi Olivia


Derrière ta frange secouée par le vent du nord, je devien ton regard méfiant, parfois moqueur, presque provoquant : ce regard qui en dit long sur ce que peut être ta vie d'enfant de sept ans.
Tes cheveux défaits te donnent l'allure d'une petite fille pas sage. Ils ne mentent presque pas : tu as déjà eu l'occasion de montrer à ta maîtresse ce que tu peux ressentir de rage et de douleur face aux feuilles polycopiées, aux exercices de grammaire et aux contrôles de fin d'année.
Ton short moulant et tes collants à rayures te déguisent en adolescente délurée.
Derrière ce masque, je devine une enfant forte et fragile à la fois, prête à lever les armures si on t'attaque, et prête à ouvrir ton coeur à qui en connait le code d'accès.
Tu n'es pas du genre à obéir au doigt et à l'oeil, d'ailleurs pour qui se prennent-ils ces deux là ?
tu rêves d'une journée sans contraintes, tu rêves de récréations infinies et de maîtresses qui jouent avec toi à la marelle.
Tu rêves d'un lit pour toi toute seule, tout propre, avec une couverture rose à petits coeurs.
Tu rêves de cette odeur de chocolat chaud qui te remplirait les narines pour la journée, un chocolat au goût de maman attentionnée et aimante.
Tu es toi, Olivia, riche de tes frustrations d'enfant et pauvre de cette école qui fait de toi une élève en difficulté.
En regardant ce cahier corné, je devine que lorsque tu rentres chez toi, personne n'est là pour te demander comment s'est passée ta journée. Il y a des tonnes de non dits qui s'échappent de ce cahier : les disputes quotidiennes entre tes parents, les insultes qui fusent, les mots de trop, ceux que tu ne comprends pas mais dont tu devines toute la violence, il y a aussi le diner pris sur le pouce, dans un coin du salon devant le journal de TF1: une multitude d'images que tu observes avec tes yeux d'enfant, un cortège de mots aux sonorités étranges, et ta petite soeur qui pleure depuis une demie heure.
Maman est fatiguée, papa a un peu trop bu, alors tu te gaves de chips et de coca, ta boisson préférée.
Tu as déjà tout oublié de l'école, tout sauf cette nouvelle gomme qui sent la fraise : Abygaelle voudra sûrement avoir la même.
J'imagine que demain encore, lorsque tu te réveilleras, tu auras cette sensation de nuit trop courte et de vie compliquée.
Ouvre grand les yeux Olivia, ouvre les fort, je suis sûre qu'à l'école il y a des mots pour toi, je suis sûre que sous le préau, on y crée des rêves juste à ta mesure.
Ne ferme pas les yeux, prend ma main : derrière mes yeux parfois un peu trop sévères, je fabrique quelques clefs secrètes pour te rendre la vie un peu plus douce.


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1 commentaire:

  1. Un très beau texte, émouvant, qui vous noue la gorge. Puisse cette petite fille saisir au moins quelques unes de ces clés offertes.

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